On estime que deux personnes sur dix environ seront touchées par la dépression dans leur vie. Chaque année deux à trois millions de personnes souffrent de dépression en France. Elle est ainsi considérée par l’OMS comme une priorité de santé publique et devrait passer en 2020 au 2e rang des maladies les plus handicapantes.

L’ampleur du phénomène

En France, 300.000 seniors seraient touchés. La dépression est souvent sous diagnostiquée alors qu’elle est particulièrement fréquente : 5 à 30% des plus de 65 ans et 40% des pensionnaires de maisons de retraite. Il existe plusieurs raisons à cela : résignées, les personnes âgées renoncent souvent à en parler à leur médecin ; la dépression est négligée par rapport à d’autres pathologies ; et elle est plus difficile à repérer dans cette population âgée.
Enfin, elle passe souvent inaperçue chez les personnes âgées en grande partie en raison de la banalisation des symptômes dépressifs que l’on attribue de manière erronée à la vieillesse : « C’est normal de déprimer quand on est vieux ». Ce qui est faux.

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Les symptomes

Au féminin comme au masculin, la dépression s’installe progressivement et se conjugue de la même façon avec son cortège d’isolement, de sentiment d’inutilité, d’impuissance et de tristesse tenace comme une couche de suie sur des lunettes. Deuils, éloignements des proches, passage à la retraite, dégradation physique… ont entraîné une diversité de symptômes psychiques (grisaille, anxiété, difficultés de concentration..) et physiques (insomnie, fatigue, perte d’appétit..) avec une diminution d’intérêt pour les activités plaisantes habituelles. De plus, chez les seniors, nombre d’autres symptômes comme les troubles de la mémoire ou du sommeil, sont à tort assimilés au phénomène normal du vieillissement, voire aux prémices d’une démence ou de la maladie d’Alzheimer.

Comme toute maladie, elle se soigne et se guérit.

LES CAUSES

Nous n’en parlerons pas ici sous un angle médical (il existe une dizaine de formes cliniques différentes) mais sous l’angle psychologique et existentiel.

Le besoin de se sentir aimé

Comme toutes les « mal-a-dit », la dépression, si elle est correctement décodée, peut constituer un signal fort de l’être profond pour inviter au changement, à une autre étape.

Quelles sont donc les grandes étapes dans notre chemin de vie?

Ce sont celles qui définissent la hiérarchie des besoins comme l’a si bien montré Abraham Maslow, le psychologue américain (1). Il est le premier, dans les années 40, à définir l’homme comme un tout présentant des aspects physiologiques (corps et besoins de maintien de la vie), psychologiques et sociologiques (sécurité, appartenance : être aimé, écouté, compris – faire partie d’un groupe, avoir un statut, reconnaissance : identité, sentiment d’être utile et d’avoir de la valeur) et spirituels (dépassement). La satisfaction d’un besoin ne peut être réalisée que si les besoins du niveau inférieur sont eux-mêmes satisfaits. Au sommet de la pyramide se trouvent les besoins de réalisation de soi (servir la Vie – développer ses connaissances, ses valeurs- créer).

La pierre angulaire des aspects psychologiques et sociologiques, c’est la satisfaction de ce besoin d’appartenance, en quelques mots : se sentir reconnu et aimé. Ces convictions font office de véritable nourriture intérieure qui sustente notre énergie de vie. Tant que notre faim reste inassouvie, nous cherchons sans cesse notre subsistance à l’extérieur comme des drogués en quête de leur dose. Nous sommes tous des toxicomanes de l’amour ! L’amour et ses nombreuses déclinaisons que renvoie « l’autre » en face de nous (prévenance, délicatesse, interrogations sincères sur comment nous allons, gestes et regards attentionnés, etc…) , constituent des signes de reconnaissances (2), comme un miroir qui nous montre et nous prouve à la fois que nous existons. En absence de ces preuves, nous pouvons dépérir et finir par mourir. Satisfaire cette exigence d’amour, c’est répondre au besoin de survie au niveau psychologique, comme se nourrir répond au besoin de survie au niveau physique.
Quel est en nous celui qui a tant besoin de ce matériau sacré ? Notre enfant intérieur. L’adulte ne peut correctement se construire et s’épanouir si l’enfant en lui crève de faim ou souffre trop de ses blessures.

Pour devenir l’être unique que nous sommes nous avons le devoir, une fois devenus grands et conscients, de nourrir correctement et prendre soin de l’enfant à l’intérieur de nous. Il faut se sentir aimé pour pouvoir s’aimer.

L’enfant est la racine de l’adulte

Comme nous le verrons par la suite, chacun de nous peut développer une grande diversité de stratégies en vue d’obtenir un peu d’attention à défaut d’amour et peut fonctionner longtemps avec des substituts, voire la croyance qu’il peut s’en passer ! Ces ersatz ne durent qu’un temps au bout duquel, la véritable énergie de vie faisant défaut, nous sommes susceptibles d’entrer dans la dépression.

Des croyances et des décisions limitantes installées très tôt

Nous portons des blessures depuis l’enfance et même depuis la vie intra-utérine (3). Dans ces moments difficiles où les émotions se bousculent et nous submergent (par exemple sentiment d’abandon, de rejet, de pas être conforme, de culpabilité..), personne n’est là pour nous protéger, nous consoler, ni surtout nous expliquer ce qui se passe. En l’absence de toute compréhension, l’enfant (tous les âges : embryon, fœtus, nourrisson) interprète à sa manière (limitante) l’évènement douloureux et en fait une croyance qui se grave dans le marbre de sa vie. Les principales interprétations, mais aussi les plus lourdes de conséquences, sont « je n’ai pas de valeur – je ne suis pas digne d’être aimé – j’ai fait quelque chose de mal et je mérite d’être puni ».
Dans tous les cas, ces croyances limitantes sont synonymes de manque d’amour ou de certitude de ne pas le mériter.

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Les croyances et les scenarios répétitifs

A tout instant nous pensons, nous ressentons et nous nous comportons. Les croyances (pensées) fonctionnent en générant des émotions et des états internes qui, à leur tour, entraînent des comportements particuliers. En regardant le résultat de nos actions, nous passons notre temps à nous re-confirmer la croyance initiale, aidante ou limitante ; autrement dit, la vie nous ressert le même plat jusqu’à ce que nous décidions de dire « assez ! ».
Si par exemple, je me dis que « je suis nul(le) ou que je ne suis pas à la hauteur », je me sentirai découragé(é), ou triste et je n’aurai pas l’énergie pour la situation à venir. Il y a de fortes chances ainsi que je loupe ou sabote effectivement ce que je voulais faire … Et que je me re-confirme que je n’ai pas de valeur !
A l’inverse, si je suis persuadé(e) que je retombe toujours sur mes pieds quelques soient les difficultés, il y a de grandes probabilités pour que je m’en sorte d’une manière ou d’une autre… et que je renforce ma croyance initiale !

Si je me dis que le monde est contre moi, que les gens sont mauvais, que tout est la faute des autres, que la vie est injuste, je vais inconsciemment et surtout automatiquement attirer des situations où cela va se reproduire. Ainsi les croyances nous aimantent vers des événements et des histoires de vie qui se répètent et se répètent encore. Parmi les plus communes, se trouve le choix de nos partenaires pour mieux révéler plus tard, dans le quotidien relationnel, les manques et les empreintes douloureuses de l’enfance.

Comme les poupées russes, les trois principales croyances qui tirent vers le bas : la dévalorisation, le manque d’amour de soi et la culpabilité, vont se re-affirmer tout au long de la vie et « taper » de plus en plus fort en vieillissant jusqu’à polluer tous les domaines de l’existence (affectif, social, professionnel,…).

Dans des situations de mælstrom émotionnel, c’est comme si l’adulte n’était plus aux commandes mais qu’à sa place se trouvait l’enfant avec ses interprétations erronées et douloureuses.

Les stratégies de survie

Les souffrances vécues sont parfois si intenses que l’embryon, le bébé ou l’enfant, n’a d’autre solution que de mettre en place des stratégies de survie telles que : se couper d’une partie de ses émotions, ou de ses pensées, décider qu’il se débrouillera tout seul, ….et des stratégies pour tenter d’être aimé comme par exemple : se faire tout petit, répondre aux besoins de ceux dont il cherche l’attention (tout en niant ses propres besoins..), devenir parfait, tomber malade à répétitions, travailler (trop)dur pour être reconnu, etc.. Toutes ces stratégies qui se répètent finissent par s’amalgamer autour du noyau de douleur initial refoulé, formant des couches épaisses qui façonnent à la longue une personnalité : « qui sème un acte récolte une habitude, qui sème une habitude récolte un caractère et qui sème un caractère récolte un destin !
Ainsi ces stratégies qui ont été utiles à un moment, deviennent par la suite de véritables boulets qui peuvent générer des spirales d’autodestruction qui englobent souvent la dépression.

Ainsi, sa vie n’ayant cessé de boucler sur des répétitions limitantes, insidieusement le regard que l’adulte en vieillissant portait sur lui et le monde a fini par changer. Parfois la suractivité qui l’empêchait de se pencher sur lui-même se trouve freinée et le voilà brutalement face à son vide intérieur ; d’autres fois ce sont certains événements auxquels il est confronté qui favorisent le réveil de son enfant intérieur en souffrance, comme le mariage, la naissance des petits enfants, les séparations et les deuils, la retraite…

Les croyances sont donc le regard que nous portons sur les choses, la vie, nous mêmes et sont à l’origine de nos plus grandes souffrances ou de notre bonheur.

 

TRANSFORMATION ET AUTO-GUERISON

Notre âme aux commandes

Nous sommes souvent restés sourds aux cris de nos enfants intérieurs. Notre environnement matérialiste et notre société « de résultats tout de suite » nous a plutôt entraînés à choisir, pour faire taire leurs appels, des solutions symptomatiques comme les antidépresseurs. C’est ainsi que peuvent s’enchaîner plusieurs troubles émotionnels et psychiques, physiques et relationnels, comme de façon plus générale la dépression et la maladie, sans que jamais la véritable cause ne soit adressée.
Nous devons devenir pour nos enfants intérieurs le parent qu’ils attendent, celui qui aide à comprendre autrement, qui console et donne l’amour. Nos propres parents ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens qu’ils avaient (eux même hérité des limites de leurs parents) et ne sont pas à blâmer. Notre âme, et elle seule, est capable de nous guider en sécurité à la racine des souffrances de l’enfant pour les reconnaître, les exprimer, en comprendre le sens et surtout les libérer. Comme elle connaît toute notre histoire et nous aime inconditionnellement, elle nous permet d’avancer en toute confiance et à notre rythme aux étapes qui sont justes pour nous.

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Cette nouvelle relation à trois, entre l’âme, l’adulte aimant et l’enfant intérieur, en permettant à ce dernier de changer ses croyances, devient le socle de l’auto-guérison.

C’est un voyage intérieur initiatique pleinement ressenti pour passer d’une croyance où les épreuves de la vie sont vécues comme des fatalités ou des injustices, à une vision où elles ont permis d’installer des ressources particulières, exactement celles dont notre âme a besoin pour grandir.

Un voyage qui transforme

Ce voyage est un processus thérapeutique pour identifier et cicatriser, en particulier, les blessures relationnelles de l’enfant avec les parents, sa fratrie et sa famille. Il s’agit de libérer les émotions refoulées comme la colère, les douleurs ou les culpabilités pour laisser place à celles plus épanouissantes de compassion et de gratitude qui amènent doucement mais surement vers la sérénité et la joie. Chemin faisant, les séances permettent de prendre conscience des modèles inadaptés dont nous avons hérité pour les remplacer par d’autres plus aidants et pacifier notre histoire en acceptant ce qui ne peut être changé.
Durant ce parcours, qui ne prend que quelques heures d’une vie, la transformation du regard se produit invariablement en descendant à des niveaux plus profonds de la psyché. Autrement dit, nous apprenons à agrandir notre champ de conscience et capter des informations que nous n’avions pas perçues quand nous étions embryon ou enfant et qui nous aident à comprendre et surtout ressentir différemment.

Pour saisir cette notion de champ qui s’élargit, imaginez un poisson dans un bocal ; sa conscience est limitée à l’eau dans laquelle il nage, l’air au dessus et la pièce dans laquelle il se trouve. Mais il n’a pas conscience que la pièce est dans une maison, que cette maison est dans une ville, dans un pays, sur Terre, dans la Voie Lactée, etc..

De même, sur un plan horizontal, nos parents et d’autres personnes nous ont fait souffrir et nous entretenons à leur égard des ressentiments, parfois tellement tenaces que la vie entière notre attention (consciente et inconsciente) reste fixée sur eux ; parfois les manques ont été si grands que nous passons notre existence (en vain) à attendre ce que nous cherchions (de leur part ou de celle des proches) en passant à coté de ce qui a été et qui est donné – la Vie!

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Notre âme nous invite à rejoindre un plan vertical où nous gagnons en hauteur de vue, et à intégrer dans le ressenti que c’est grâce à ces souffrances, ces manques apparents, que nous avons développé des qualités particulières (autonomie, courage, détermination, ouverture de cœur, compassion, capacité d’introspection, spiritualité,…). Lorsque nous devenons capables d’utiliser ces ressources dans nos projets de vie, pour notre épanouissement, alors les souffrances et les obstacles d’autrefois se révèlent des aides sur le Chemin, sans qui les réalisations d’aujourd’hui n’auraient pu advenir. Nous prenons conscience que les épreuves du passé étaient des expériences dont nous avons tiré des enseignements, dont nous sommes sortis plus forts. Sur ce plan enfin accessible, nous retrouvons l’Amour au-delà des apparences. Ces prises de conscience, pour être opératives c’est-à-dire amener une véritable libération, ne peuvent rester mentales, elles doivent être vécues de l’intérieur.

En Sophro-analyse, notre âme nous guide pour délivrer notre passé de l’obscurité où nous l’avons initialement confiné et tel un diamant dégagé de sa gangue, en découvrir toute la lumière.

Les croyances sont donc comme des lunettes que l’on chausse sur le nez. Dans la dépression, l’être se trouve limité à une seule paire – fumée ! – alors qu’avec un peu d’efforts chacun peut faire le choix d’habiller ses yeux d’une grande variété de paires aux couleurs de la vie.

A vous de jouer !

Vous l’avez compris, il est pénible de vieillir si l’être est rempli de rancoeurs, de rancunes, de manques, de regrets et de culpabilités. Comme le dit si bien Marie de Henzel dans son dernier ouvrage (4) : « C’est un travail de vieillir – c’est un travail de réconciliation avec sa vie. Il faut la relire et pour cela il vaut mieux être aidé d’un thérapeute. C’est un travail psychologique et spirituel car il faut relire sa vie sans jugement et pardonner ses échecs est libérateur ».
Il faut aussi et surtout, décider de le faire en ayant compris que nous seuls avons les clefs de notre guérison ! Si nous attendons que le monde change… nous risquons fort de mourir desséchés!

Ainsi la dépression peut-elle être vécue comme une opportunité de libération de tous les poisons psycho-émotionnels accumulés au fil des années. Elle devient un tremplin initiatique pour transformer l’aspect destructeur des blessures en une dynamique de vie et d’amour ; celle qui nous fait rentrer en amitié avec nous même et l’univers.
Notre enfant nourri, nous retrouvons l’estime de nous et notre juste place dans tous les domaines et nous pouvons puiser une énergie sans limite pour servir la Vie, quelque soit notre âge. Cela s’accompagne d’une véritable liberté intérieure, la joie de tout simplement être soi, sans fard ni contrainte.

Cette joie de tous les instants rayonne alors pour l’entourage comme une lumière. Robert Misrai dit : « la meilleure façon de ne pas peser sur les générations qui viennent c’est d’être heureux de vieillir et de le montrer ». Les plus jeunes sont naturellement attirés par ces seniors, comme nourris par leur présence et la sagesse bienveillante qui émane d’eux. Ils deviennent un modèle positif puissant, la preuve vivante que tout peut être transformé et que la vie a un sens.

Auteur : Christine Louveau

Bibliographie

(1) Abraham Maslow – Devenir le meilleur de soi-même : Besoins fondamentaux, motivation et personnalité – Editions Erolles
(2) Eric BERNE – Des jeux et des hommes. éd. Stock
(3) Dr Claude Imbert – L’avenir se joue avant la naissance – Editions Visualisations holistiques
(4) Marie de Henzel – La chaleur de nos cœurs empêche nos corps de rouiller – Editions Robert Laffont