C’est proprement époustouflant ce que notre cerveau est capable de faire pour s’adapter. Ces mécanismes regroupés sous le terme de neuroplasticité sont les garants de nos capacités continues à changer pour le meilleur.

En fonction des évènements que nous vivons, actions diverses, images, émotions,.. et des interprétations que nous en faisons, nos neurones peuvent se créer (neurogénèse), grossir, s’épaissir, multiplier leurs interfaces avec d’autres ou s’amincir et se rétracter s’ils ne sont pas sollicités. Ils ont aussi la faculté de s’adapter à d’autres fonctions et se réorganiser.

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La formation du souvenir et son renforcement

Nos souvenirs sont riches d’images, de sensations, de paroles, de voix, d’odeurs… Pourtant, ce qui deviendra un souvenir n’est pas mémorisé d’un bloc dans notre cerveau. Le processus de formation du souvenir active diverses régions de notre cerveau avant que le souvenir ne soit stocké dans l’hippocampe. C’est là que se forme la mémoire autobiographique qui est la forme la plus complexe du souvenir.

Première étape : l’enregistrement des différentes facettes de ce qui deviendra un souvenir.

Lorsque nous vivons ce qui deviendra un souvenir, les neurones chargés de reconnaître les visages, les lettres, les sons, les odeurs, etc., s’activent dans le cortex visuel, le cortex auditif, le cortex olfactif, etc.

Dans chacune de ces régions cérébrales se crée alors, selon les termes de Serge Laroche (directeur du Centre de Neurosciences Paris-Sud), un « motif d’activités neuronales » unique pour la scène vécue, plus concrètement, des neurones sont reliés entre eux, et à chaque groupe de neurones correspond une dimension du souvenir.

La localisation des neurones reliés entre eux crée une composition unique.

Ainsi, avant d’être le souvenir global dont nous faisons l’expérience lorsque nous nous remémorons un repas de fête, avec les visages qui nous entouraient, les voix des uns et des autres, les bougies, la musique, l’odeur des petits plats etc., le souvenir n’est encore qu’un puzzle dont les éléments sont stockés à différents endroits du cerveau.

Ces groupes d’informations (groupes de neurones reliés entre eux) sont dans un premier temps indépendants: « le cortex ne peut pas rapidement lier ensemble ces régions séparées pour former une mémoire cohérente », comme l’explique le Pr John Wixted (université de Californie).

Deuxième étape : des aires sensorielles à l’hippocampe, la création du souvenir dans sa globalité.

 L’hippocampe est la région du cerveau au sein de laquelle s’ancre la mémoire autobiographique (aussi appelée mémoire contextuelle ou épisodique) : c’est là que la forme la plus globale du souvenir se dessine, englobant et reliant les éléments mémorisés jusque là non reliés entre eux.

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Tous les signaux provenant des différents cortex sont agrégés par le cortex entorhinal, puis le souvenir, riche désormais de toutes les informations perçues par nos sens, est gravé dans l’hippocampe.

A son tour, il forme un motif neuronal unique qui forme un pont avec tous les autres : les groupes de neurones indépendants sont désormais reliés entre eux. Ce nouveau motif neuronal englobant tous les autres correspond au souvenir et conserve le chemin nous permettant d’accéder à ce souvenir.

 

« Il faut voir l’hippocampe comme un système d’adressage. Quand un événement se produit, l’hippocampe prend une adresse  de  ce qui s’est passé dans  les différentes régions  du cerveau, de façon à pouvoir les réactiver par la suite » (Pr Müller).

Troisième étape : la consolidation du souvenir

Tous les événements de notre vie, nous le savons tous, ne nous restent pas en mémoire. Pour que le souvenir perdure, il faut que le réseau de neurones correspondant au souvenir soit renforcé. Cela est possible grâce aux propriétés des synapses, ces éléments qui permettent la connexion entre les neurones.

Les synapses sont modifiables, et se renforcent grâce au processus de « potentialisation à long terme »: quand deux neurones sont actifs en même temps (lorsque le motif d’activités neuronales est activé), les synapses, c’est-à-dire les connexions entre les neurones, se renforcent.

Or, ce processus de renforcement va très loin, comme l’explique Serge Laroche :

Les synapses « peuvent rester modifiées pendant des semaines, des mois, voire des années, laissant une trace quasi permanente dans les réseaux neuronaux activés. »

Le rappel du souvenir provoque sa consolidation

Le rappel d’un souvenir est simple : lorsqu’une composante du souvenir est réactivée (un mot, une image…), le réseau tracé dans l’hippocampe se réactive et mobilise les régions qui ont enregistré les différentes composantes du souvenir, qui remonte à notre conscience.

–> En réactivant le souvenir, le processus de renforcement des synapses est alors re-déclenché, et le souvenir renforcé.

L’émotion, facteur de renforcement du souvenir

Nous mémorisons une infime partie de ce dont nous faisons l’expérience tout au long de notre vie. Notre cerveau effectue un tri indispensable, sans même que nous en soyons conscients. Sur quel critère s’effectue ce tri ? Un des critères dont on est sûr aujourd’hui est l’émotion.

Le processus par lequel le souvenir s’imprime dans le cerveau ne se déroule pas qu’au sein des aires corticales (les aires du cortex) et de l’hippocampe: l’amygdale filtre les souvenirs, elle joue un rôle prédominant dans le renforcement ou non de ces derniers.

L’amygdale évalue le contenu émotionnel : si le contenu émotionnel est fort, cette partie du cerveau informe l’hippocampe de renforcer le stockage de l’événement.

Le stockage est donc renforcé pour les événements heureux, dramatiques ou effrayants.

Aussi comprenons-nous pourquoi ceux-ci influencent, des années plus tard, notre vie.

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La plasticité cérébrale : le souvenir est une expérience dynamique

En quoi le souvenir est-il une expérience dynamique ?

Lorsque nous nous rappelons un événement, les différentes régions du cerveau concernées par le souvenir sont réactivées.

Ce terme est primordial, car il insiste sur la dimension dynamique du processus qui se cache derrière les expressions « se rappeler », « se souvenir », tandis que nous pensons souvent qu’il s’agit d’ouvrir un tiroir dans lequel nous jetons un oeil, puis que nous renfermons, sans conséquence.

Or, puisque les régions du cerveau sont réactivées lorsque nous nous remémorons quelque chose, nous remettons en marche les processus de plasticité cérébrale qui sont à l’origine de la connexion des neurones entre eux. Concrètement,  le souvenir est ainsi consolidé.

La plasticité cérébrale et le souvenir douloureux

En bref, lorsque nous nous rappelons quelque chose de douloureux, le processus de renforcement des synapses étant re-déclenché, ce souvenir, avec ses émotions et pensées douloureuses, mais aussi avec ses croyances limitantes, est également renforcé.

–> Ces croyances et émotions  finissent par occuper une place prépondérante dans notre manière de voir notre vie, le monde qui nous entoure, etc.

Elles finissent par devenir notre manière de voir le monde, les autres, et nous-même.

La plasticité cérébrale et la libération du souvenir

C’est cette même dynamique de réactivation qui permettra la libération des mémoires douloureuses, puisque le souvenir n’est pas une construction pérenne et figée de notre psychisme.

Pourquoi « se souvenir » en relaxation légère permet-il de guérir une empreinte douloureuse ?

Se remémorer, c’est remettre en marche les processus de la plasticité cérébrale

Nous avons vu que lorsque nous nous remémorons quelque chose, nous remettons en marche les processus de plasticité cérébrale qui sont à l’origine de la connexion des neurones entre eux.

Ainsi, nos souvenirs sont consolidés, et renforcés, ce qui nous amène à percevoir les monde, les autres, et nous-même à travers ce prisme qui, d’une certaine façon,nous emprisonne.

Mais cette période durant laquelle les processus de la plasticité cérébrale sont re-déclenchés est aussi la source de la libération de la mémoire douloureuse.

Réactualiser le souvenir avec les nouvelles compréhensions auxquelles l’adulte a accès

Lorsque l’adulte en séance porte un regard nouveau sur ce qu’a vécu le fœtus ou le bébéces nouvelles compréhensions s’incorporent au souvenir et créent de nouvelles connexions neuronales qui pourront à leur tour être renforcées.

Par exemple, si le bébé en couveuse s’est senti abandonné, l’adulte, lui, est tout à fait capable de comprendre qu’il s’agissait d’un éloignement temporaire, et qu’il était motivé par la volonté de le soigner, ou parfois, de lui sauver la vie.

Le sentiment premier d’abandon associé au souvenir de la couveuse (avec son cortège d’émotions, croyances inconscientes, et comportements limitants) sur lequel le bébé était resté bloqué, peut désormais laisser la place à la certitude qu’il n’y avait que de l’amour, et non du rejet, derrière cette expérience douloureuse.

  1. Notre conscience, qui avait enfoui le souvenir trop douloureux, n’a plus besoin de le tenir à distance, et peut désormais l’intégrer à notre histoire.La pression du refoulement disparaît, et ce sens nouveau donné à l’événement restructure notre psychisme sur des bases saines.
  2. Dans le même temps, le corps enregistre de nouvelles sensations et émotions qui seront elles aussi associées au souvenir : dans le cas ci-dessus, par exemple, la crispation cède la place au relâchement, l’angoisse à la sérénité, la peur au sentiment d’être en sécurité, la découverte qu’il y avait de l’amour éteint le désespoir, etc.
    Le corps n’a en effet plus besoin d’être en alerte.

Le cerveau ne conserve pas les anciennes connexions inutiles : les compréhensions aidantes (et tout ce qui va avec) se substituent aux anciennes.

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Notre cerveau ne grossit pas au fur et à mesure que nous apprenons de nouvelles choses, bien que, même adulte, nous ne cessions d’expérimenter, de découvrir, d’apprendre. Cela est possible parce que les connexions neuronales devenues inutiles sont abandonnées au profit des nouvelles qui sont indispensables à notre quotidien.

Ainsi oublions-nous une langue apprise à l’école et que nous n’avons pas l’occasion de parler.

Nous restons pourtant capables, cinquante ans plus tard, de faire aisément des additions ou des divisions, parce que nous y avons recours régulièrement.

De la même manière, les éléments limitants associés au souvenir douloureux cèdent la place aux nouvelles compréhensions et émotions aidantes, que l’adulte a vécues en séance.
Elles génèrent en effet de nouvelles connexions (de nouveaux motifs neuronaux) qui remplacent les anciennes, et qui se renforcent à leur tour.

Source: Marie Maliet

Sophro-analyste des mémoires prénatales, de la naissance et de l’enfance

www.matherapie-sophroanalyse.fr